La mémoire épisodique

© Louise Rodrigue, psychologue/neuropsychologue scolaire

La mémoire épisodique: définition du concept

La mémoire épisodique permet à l’élève de se remémorer les souvenirs qu’il a vécu à un moment et à un endroit précis. Grâce à elle, l’élève sera en mesure d’encoder, de stocker et de récupérer ces souvenirs du passé: il se souviendra des événements qu’il a vécu, dans leur contexte (date, lieu, état émotionnel).

Il s’agit de l’ensemble des apprentissages et souvenirs propres à chaque individu, de la mémoire sur laquelle reposent nos savoirs, nos connaissances et l’ensemble unique des événements (assortis de leur connotation subjective), qui constituent l’histoire, les connaissances et la biographie propres à chacun.

Mazeau, 2017

Par exemple, un souvenir en mémoire épisodique pour notre élève pourrait être:

🍿 Ce qu’il a mangé la veille;

🎈La fête de son ami Noah;

🍪 La recette de biscuit de mamie;

🎞 Le film qu’il a visionné avec papa le week-end dernier, etc.

La mémoire épisodique est particulièrement importante en ce qui a trait aux apprentissages scolaires: la plupart des souvenirs épisodiques se transformeront éventuellement en connaissances générales.

✏️ C'est généralement de CETTE mémoire dont la plupart des gens parlent lorsqu’ils évoquent LA mémoire en général, sans autre précision.

Son développement

La littérature scientifique suggère que le développement de la mémoire épisodique s’effectue progressivement, sur plusieurs années.

En fait, le développement de la mémoire épisodique repose en grande partie sur le développement progressif des structures du cerveau et de ses différentes fonctions. Peu à peu, les réseaux de neurones se mettent en place pour en arriver à la structure plus stable (mais non statique) que nous lui connaissons à l’âge adulte.

La maturation du lobe frontal, particulièrement dans sa partie du cortex préfrontal, serait impliquée dans le développement de la mémoire épisodique. En fait, ce cortex préfrontal semble évoluer progressivement pendant l’enfance et l’adolescence.

Puisque la mémoire épisodique nécessite une certaine composante dites stratégique et que cette composante dépend de l’intégrité et du niveau de maturation des lobes frontaux, ce type de mémoire y est nécessairement lié. Conséquemment, la mémoire épisodique peut-être particulièrement touchée lors de pathologies qui touchent les lobes frontaux (par exemple, l’épilepsie du lobe frontal).

Les hippocampes jouent également un rôle importants en raison de leurs composantes dites associatives. Il semblerait que ceux-ci maturent plus rapidement que le cortex préfrontal.

En fait, certains chercheurs rapportent que les meilleures performances aux épreuves évaluant la mémoire épisodique s’observeraient vers 25 ans. La littérature scientifique l’explique entre autres par le fait que l’hippocampe antérieur et le cortex préfrontal seront connectés par le faisceau unciné. Or, ce faisceau achèverait sa maturation après l’âge de 25 ans environ.

Retour dans le temps…

Voici un bref aperçu du développement de la mémoire épisodique à travers les âges…

💭 Dès l’âge de 13 à 14 mois, le bébé peut apparemment conserver pendant plusieurs semaines des souvenirs de situations où il a été témoin d’activités telles que la construction d’un jouet.

💭 Dès l’âge de 36 mois, les jeunes enfants seraient parfois en mesure d’évoquer des événements qui se sont produits jusqu’à 6 mois auparavant.

💭 À 4 ans, certains souvenirs de l’âge de 2 ans persisteraient.

💭 Avant 5 ans, l’enfant ne maîtrise pas bien la notion de temps: il est difficile pour lui de situer les événements de façon chronologique. Ceci dit, l’encodage en mémoire épisodique est plus difficile pour lui: il peut se rappeler les événements, mais leur circonstance et le contexte dans lequel ils se sont déroulés (donc le , le quand et même le comment) demeurent plutôt flous.

💭 Les suggestions de l’adulte en position d’autorité auraient un effet considérable chez les enfants de moins de 5 ans

C’est comme si les traces mnésiques souvent très incomplètes laissées par les événements antérieurs s’imbriquaient trop facilement à l’intérieur des informations suggérées. Ces dernières profiteraient alors de l’effet de récence et de la crédulité de l’enfant pour être emmagasinées.

Lussier et al., 2018

💭 De 3 à 7 ans, les capacités de rappel sont souvent tributaires du matériel que l’on propose de mémoriser et du contexte.

L’intérêt et la motivation (thème et champ des informations à mémoriser), le contexte (familier ou non) dans lequel se déroule l’expérience, la situation de rappel (description verbale versus mise en scène de l’événement) sont déterminants.

Mazeau, 2014

💭 À partir de 6–7 ans, les élèves développent leur capacité à se repérer dans le temps et à utiliser le langage pour organiser leur pensée. Leur capacité au niveau du contrôle exécutif se peaufine doucement et conséquemment, leurs stratégies de mémorisation sont plus efficaces. Nous pouvons observer une augmentation importante des performances mnésiques à cet âge.

💭 Vers 7 ans, vous remarquerez que les élèves utilisent assez spontanément la stratégie de répétition pour mémoriser. Ceci est évidemment plus facile à effectuer lorsque la matière à mémoriser est familière et/ou motivante.

Cette stratégie est totalement appropriée à cette âge. Par ailleurs, à long terme, il ne s’agit pas de la meilleure stratégie… l’élève deviendra rapidement saturé lorsque le matériel à mémoriser deviendra plus abstrait et abondant. De plus, la stratégie de répétition sollicite grandement l’attention et la mémoire de travail. Le rappel des informations est par la suite généralement séquentiel, « l’une après l’autre », ce qui peut être… long, fastidieux, propice aux oublis et aux interférences!

💭 Vers l’adolescence, l’élève commence à utiliser de meilleures stratégies pour mémoriser la matière, ce qui lui permet d’améliorer son efficience. Il organise l’information en utilisant différentes stratégies de mémorisation:

  • Les regroupements sémantiques et l’élaboration de concepts qui lui permettent de relier ses idées;
  • Les analogies;
  • L’imagerie mentale;
  • L’association d’idées;
  • Différents moyens mnémotechniques;
  • Etc.

💭 À l’âge adulte, la mémoire épisodique (si tout s’est bien passé!) aboutira normalement en un riche réseau de concepts et de connaissances, interconnectées les uns aux autres.

Références

Casey, B. J., Galvan, A., et Hare, T. A. (2005). Changes in cerebral functional organization
during cognitive development. Current Opinion in Neurobiology, 15(2), 239-44. https://
doi.org/10.1016/j.conb.2005.03.012

Eustache, F., Viard, A., et Desgranges, B. (2016). The MNESIS model: Memory systems and
processes, identity and future thinking. Neuropsychologia, 87, 96-109. https://doi.
org/10.1016/j.neuropsychologia.2016.05.006

Lussier, F., Chevrier, É. et Gascon, L. (2017). Neuropsychologie de l’enfant et de l’adolescent : troubles développementaux et de l’apprentissage, Dunod.

Mazeau, M. (2014). Neuropsychologie et troubles des apprentissages chez l’enfant. Elsevier Masson.

Sowell, E. R., Delis, D., Stiles, J. et Jernigan, T. L. (2001). Improved memory functioning and
frontal lobe maturation between childhood and adolescence: a structural MRI study.
Journal of the International Neuropsychological Society, 7(3), 312-22.

Tulving E. (1972). Episodic and semantic memory. Dans E. Tulving & W. Donaldson (dir.),
Organization of memory (p. 381-403). New York: Academic press.

Tulving, E. (1984). Précis of Elements of episodic memory. The Behavioral and Brain Sciences,
7
(2), 223.

Tulving, E. (1995). Organization of memory: Quo vadis? Dans M. Gazzaniga (dir.), The
cognitive neurosciences (p. 839-847). Cambridge: The MIT Press.

Tulving, E. (2002). Episodic memory: From mind to brain. Annual Review of psychology, 53(1), 1-25.

Tulving, E. (2005). Episodic memory and autonoesis: uniquely human. Dans H. Terrace &
J. Metcalfe (dir.), The missing link in cognition (p. 4-56). New York, NY: Oxford University
Press.

Dernière mise à jour: 27 juillet 2021