Personnalité limite et adolescence: les faits saillants

© Louise Rodrigue, psychologue/neuropsychologue scolaire

Les données concernant la prévalence du trouble de personnalité limite à l’adolescence sont rares, mais certains avancent qu’il puisse toucher de 1 % à 3 % des adolescents. Toutefois, la prudence est de mise: l’existence même du trouble de personnalité limite chez l’adolescent est régulièrement remise en question.

Les critères diagnostics du DSM-5

Plusieurs combinaisons différentes sont possibles pour atteindre ce diagnostic: les profils peuvent donc être très variés.

TPL à l’adolescence? Loin d’un consensus…

Le diagnostic de TPL à l’adolescence fait souvent l’objet de débats et ce, pour plusieurs raisons:

  • de manière plus ou moins intuitive, plusieurs cliniciens préfèrent réserver les diagnostics de trouble de la personnalité pour l’âge adulte, celle-ci étant davantage cristalisée: à l’adolescence, la personnalité est encore en construction;
  • Certains aspects symptomatiques (impulsivité, labilité émotionnelle, recherche identitaire) du TPL sont similaires, dans une certaine mesure, à ce qui est constaté typiquement durant l’adolescence. Il est suggéré de prendre en considération la sévérité des symptômes, leur durée dans le temps ainsi que leur nombre. Pour l’adolescent typique, ces paramètres auront tendance à diminuer avec le temps;
  • Il n’est donc pas toujours aisé de faire une distinction claire entre le normal et le pathologique à l’adolescence, d’autant plus qu’il peut y avoir présence de trouble confondant (ex.: troubles bipolaires, TDAH).
Un diagnostic précoce: les avantages escomptés

Quoiqu’il en soit, il faudra d’abord et avant tout mesurer les avantages escomptés pour le jeune versus les inconvénients: rechercher la plus-value de poser un diagnostic si tôt. Il importe de prendre en considération que le diagnostic de TPL peut être stigmatisant (tant par la communauté professionnelle que par l’opinion publique ou même par le jeune lui-même). Le TPL est associé à un fort degré d’auto-stigmatisation comparativement à d’autres troubles comme le trouble déficit d’attention avec ou sans hyperactivité. Pour la plupart des gens, il revêt un caractère permanent et ce, même si les études démontrent que la rémission est davantage la règle que l’exception.

Toutefois, le seuil de 18 ans étant assez arbitraire, certains jugent qu’il serait utopique d’inférer l’absence de trouble avant ce seuil et sa présence aussitôt l’âge de la majorité passée. Les bénéfices escomptés d’une détection précoce seraient par exemple la mise en place de stratégies psychologiques et/ou thérapeutiques permettant d’agir en amont, soit avant la cristallisation des comportements ou l’aggravation des problèmes. Ces arguments ne sont évidemment pas négligeables et méritent certainement de s’y attarder.

Références

American Psychiatric Association. (2013) Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, fifth edition. Washington, DC: American Psychiatric Association.

Blakemore S-J. (2019) Adolescence and mental health. Lancet, 393(10185):2030–1.

Pham, E., Aouidad, A., Edan, A., Perroud, N., et Piguet, C. (2021). Diagnostic du trouble de personnalité borderline à l’adolescence : revue francophone. Neuropsychiatrie De L’enfance Et De L’adolescence69(4), 185–189. https://doi.org/10.1016/j.neurenf.2021.03.001

Quenneville, A. F., Badoud, D., Nicastro, R., Jermann, F., Favre, S., Kung, A.-L., Euler, S., Perroud, N., & Richard-Lepouriel, H. (2020). Internalized stigmatization in borderline personality disorder and attention deficit hyperactivity disorder in comparison to bipolar disorder. Journal of Affective Disorders262, 317–322. https://doi.org/10.1016/j.jad.2019.10.053

Dernière mise à jour: 2 janvier 2022


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