RAI – Modèle de réponse à l’intervention

© Louise Rodrigue, psychologue/neuropsychologue scolaire

Il y a consensus à ce sujet: intervenir en amont est généralement gagnant!

Le modèle RAI part de cette philosophie: offrir un solide enseignement à la base et intensifier les interventions s’il y a lieu.

Utile tant sur le plan des apprentissages que sur le plan comportemental, ce modèle peut également être appliqué dans différentes sphères (affectives, cognitives, santé, etc.). D’ailleurs, au Québec du moins, plusieurs services dits « Complémentaires » en milieu scolaire (psychologie, neuropsychologie, psychoéducation, orthophonie, ergothérapie, etc.) adaptent leurs modèles de services en fonction de la RAI.

Celle-ci consiste à intégrer l’évaluation et l’intervention au sein d’un système multiniveau de prévention. Le but visé est de maximiser la réussite des élèves en permettant à tous de réaliser leur plein potentiel et de prévenir (ou du moins, réduire) les problèmes comportementaux et d’apprentissages.

Quelques principes de base à respecter

Enseignement efficace

Le modèle repose sur le principe d’offrir à la base un enseignement de qualité par des stratégies d’enseignement validées par la recherche (par exemple, l’enseignement explicite, l’enseignement réciproque, l’enseignement des stratégies métacognitives, offrir des rétroactions efficaces).

Approche proactive et préventive

Ce principe fait ici référence au fait de détecter les difficultés dès qu’elles apparaissent, c’est-à-dire de faire des activités de dépistage. Celles-ci se réalisent généralement à trois reprises durant l’année scolaire (selon le modèle – ou sa variante – utilisé).

Enseignement/intervention en réponse au besoin

Il faut ensuite s’assurer de bien cibler les interventions et d’en mesurer l’efficacité.

La pyramide à 3 niveaux

De façon succincte, voici les grandes lignes concernant les trois niveaux de la RAI:

Les trois paliers de la RAI

Niveau 1

Il s’agit ici de prévenir les difficultés et de promouvoir des habitudes de vie en ce sens. Pour ce faire, l’emphase est mise sur un enseignement de qualité, s’appuyant sur des méthodes pédagogiques fondées sur des données probantes. Le dépistage des élèves à risque, la mise en place de mesures de différenciation pédagogique ou de l’enseignement individualisé, la guidance (ex. : tutorat, modelage, procédurier, etc.) sont également entamés à ce niveau.

Niveau 2

À ce niveau, une aide est offerte aux élèves qui nécessitent un petit coup de pouce supplémentaire. Cette aide est généralement effectuée en sous-groupe de besoins, bien souvent par l’orthopédagogue.

Niveau 3

Ici, l’intervention est ciblée en fonction des besoins spécifiques de l’élève. Ce niveau est réservé aux élèves dont les difficultés résistent aux interventions des deux niveaux précédents (environ 5% des élèves). Le recours à différents professionnels est généralement requis.

L’œil aguerri constatera toutefois quelques lacunes à ce modèle (comme pour tout modèle d’ailleurs… rien n’est parfait!). Ainsi, quelques ajustements ont été apportés au fil du temps, afin de rendre le modèle plus inclusif, efficient et collaboratif.

Le modèle RAI initial par protocole standard reposait sur la mise en place d’enseignement uniforme et supposé efficace (car basé sur les données probantes) dans toutes les classes au premier palier. La pression était alors forte sur l’enseignant… et l’élève! Car nécessairement, dans le modèle de base, nous pouvions en déduire naïvement que lorsque les interventions prodiguées au niveau 1 ne fonctionnaient pas, le problème était soit l’enseignant ou… l’élève.

La démarche se voulait inclusive, mais ironiquement, les élèves nécessitant un petit coup de pouce supplémentaire se retrouvaient régulièrement exclus par la nécessité de participer à des sous-groupes de besoins et parfois mêmes stigmatisés. L’initié au monde scolaire aura tristement déjà entendu dans les corridors des élèves dire Lui c’est un ortho! en désignant un pair qui bénéficiait des services de l’orthopédagogue de l’école…

Dans ce modèle initial, les professionnels des services Complémentaires (psychologues, orthophonistes, ergothérapeutes, etc.) n’étaient sollicités qu’à la toute fin… c’est-à-dire lorsque le problème était bien installé. Les tâches des services complémentaires dans ce modèle consistaient principalement à effectuer des évaluations afin de déterminer le diagnostic et orienter les services.

Des variantes du modèle ont donc vu le jour, incluant les professionnels du milieu beaucoup plus tôt dans le processus, dans une perspective de soutien à l’enseignant. Aujourd’hui, l’approche se veut plus inclusive et met théoriquement à p rofit l’expertise des services professionnels dès le départ. Nous précisons théoriquement, car dans les faits, la pénurie de professionnels dans le milieu de l’éducation fait en sorte que la réalité est parfois difficilement réconciliable avec la théorie…

Des mesures de flexibilité sont appliquées au premier niveau. Nous adoptons ici une conception universelle des apprentissages. Le clivage entre le secteur régulier et le secteur de l’adaptation scolaire est moins présent. Ce modèle évite également la catégorisation hâtive et inutile des élèves, elle se veut davantage centrée sur les besoins et les capacités.

 

Allons donc vivre en théorie…

Que diriez-vous de partir avec nous? Allons donc vivre en Théorie… Car En Théorie… tout est si beau!

-variante de Pierre Desproges

Le modèle de la RAI est plutôt bien implanté dans nos écoles québécoises. Toutefois, compte tenu du contexte et des ressources qui devraient idéalement l’accompagner et qui se font toujours attendre, ce modèle est parfois difficile à arrimer en temps réel et ne fait pas l’unanimité auprès de tous les acteurs de terrain, tel qu’en témoigne cette communication émise par la Fédération Autonome de l’Enseignement en 2020:

https://leses.org/wp-content/uploads/2020/10/5-reponse_a_l_intervention_RAI_.pdf

En conclusion

Bien qu’imparfait, le modèle RAI demeure intéressant à plusieurs égards, ce qui en fait un modèle relativement efficace qui vaut la peine d’être expérimenté.

Un point central lui vaut ses lettres d’honneur: soit celui de se centrer sur le bien-être et les besoins des élèves.

Pour être applicable en temps réel, une solide concertation entre les membres de l’équipe-école est nécessaire. Et pour ce faire, nous ne pouvons occulter l’importance d’une équipe soudée, stable, bienveillante, qui communique librement, menée par un leader assumé et empathique, qui croit au modèle et en son équipe. Ce n’est qu’avec l’ensemble des ingrédients réunit que la RAI pourra être en mesure d’amorcer la phase de déploiement de son potentiel.

Pour aller plus loin…

Nous vous invitons à consulter cet excellent numéro de la revue Enfance en difficulté (pour les abonnés seulement):

https://www.erudit.org/fr/revues/enfance/2020-v7-enfance05384/

 

Le RÉCIT met à la disposition des gestionnaires et des intervenants du primaire et du secondaire son Guide pour la mise en oeuvre de la Réponse À l’Intervention en milieu scolaire:

https://recit.qc.ca/nouvelle/conference-de-consensus-reponse-a-lintervention-rai/

 

Vous aimeriez en apprendre davantage sur les stratégies à mettre en place en place pour intervenir efficacement en classe, visitez la chaine YouTube de l’Institut des troubles d’apprentissages et visionnez les capsules suivantes, animées par Marjolaine Masson, neuropsychologue:

Leviers d’efficacité: le modèle RAI – Institut des troubles d’apprentissage 

Réponse à l’intervention (RAI): Niveau 1 – Institut des troubles d’apprentissage

Réponse à l’intervention (RAI): Niveau 2 – Institut des troubles d’apprentissage

Réponse à l’intervention (RAI): Niveau 3 – Institut des troubles d’apprentissage

 

Dernière mise à jour: 7 avril 2021